Déclaration liminaire du SNALC Orléans-Tours
au Conseil Académique de l’Education Nationale du 9 avril 2024

La préparation de la rentrée 2024, unique sujet à l’ordre du jour de ce CAEN, présente deux visions contrastées.

D’un côté, l’école bénéficie de moyens importants, notamment dans le premier degré. En témoigne le ratio P/E qui n’a cessé de progresser depuis 2015, avec plus d’un demi-poste en plus pour 100 élèves dans tous les départements, et même un poste en plus pour 100 élèves en Loir-et-Cher. Incontestablement, cela traduit un meilleur encadrement des élèves, et une analyse objective implique de le reconnaître.

De l’autre côté, paradoxalement, le SNALC considère que cette rentrée témoigne d’un grand gâchis dans l’utilisation de ces moyens.

Grand gâchis tout d’abord, car, en dehors de l’éducation prioritaire, ces moyens importants sont peu visibles sur terrain. En collège par exemple, les seuils du nombre d’élèves par classe (à partir desquels sont calculés les moyens) sont trop hauts, ce qui provoque trop de divisions avec des effectifs lourds nuisant à la réussite des élèves dans des classes hétérogènes.

"Le ministère aurait voulu saboter sa réforme qu'il ne s'y serait pas pris autrement."

Grand gâchis ensuite dans la mise en œuvre des groupes de niveau au collège. Nous redisons que le ministère aurait voulu saboter sa réforme qu’il ne s’y serait pas pris autrement. La conception des groupes est maximaliste, sur tout le temps scolaire et sur toutes les classes. Couplée à l’absence de moyens pour mettre en œuvre une réforme qui coûte, la constitution de ces groupes produira une telle usine à gaz qu’elle provoquera le mécontentement général. Cette réforme risque de finir comme la semaine de 4,5 jours. C’est l’échec assuré d’une bonne idée.

Le SNALC fait ce constat d’autant plus objectivement qu’il est favorable à l’idée de groupes de niveau et de besoins, car l’hétérogénéité dans certaines classes est aujourd’hui devenue ingérable et elle se traduit par des niveaux tous tirés vers le bas.

Autre grand gâchis : l’inclusion scolaire. Sur le principe, c’est une évidence qui suscite l’approbation. Mais, là encore, c’est la mise en œuvre qui pose problème : personnels peu formés, et pour certains (AESH…), rémunérés avec des salaires indécents ; inclusion effectuée dans des classes déjà hétérogènes, avec des effectifs lourds parfois difficiles à gérer…

"Le monde rural est en crise. L'actualité en témoigne. Or les mesures de rentrée font porter les suppressions de postes sur les départements les plus ruraux."

Enfin, dernier gâchis, et non des moindres pour la cohésion de notre République : la répartition des moyens sur le territoire. Certes, la baisse démographique impose ses contraintes. Certes, elle est différenciée sur le territoire régional, et frappe davantage le sud que l’axe ligérien. Certes, les départements les plus ruraux sont les mieux dotés (par exemple selon le ratio P/E dans le premier degré), ce qui est logique au vu des contraintes des structures scolaires en milieu rural. Mais le monde rural est en crise. L’actualité en témoigne.

Or les mesures de rentrée font porter les suppressions de postes sur les départements les plus ruraux. Loir-et-Cher, Eure-et-Loir et Cher supportent 80 % des suppressions de postes de l’académie dans le premier degré. La situation est assez proche dans le second degré. Quand les collèges du Cher perdent 141 élèves, 229 heures y disparaissent. Quand les collèges du Loiret perdent 322 élèves, 92 heures y disparaissent.

"Ces incohérences et ces gâchis constituent autant d'occasions ratées d'améliorer significativement les conditions d'apprentissage des élèves et les conditions de travail des enseignants."

Dès lors, le SNALC comprend les réactions d’élus face à ces mesures, comme le maire de Bruère-Allichamps dans le Cher qui a présenté sa démission après la fermeture d’une classe dans sa commune. La salle qui abritait la classe fermée avait été mise aux normes en 2023, grâce à une subvention de la DETR…

Ce sont toutes ces incohérences et gâchis que le SNALC dénonce, car ils constituent autant d’occasions ratées d’améliorer significativement les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des enseignants, au bénéfice de la réussite de tous.